Créative Camp#1, les lauréats du dispositif STRI-IT créent une œuvre collective

Créative Camp#1, les lauréats du dispositif STRI-IT créent une œuvre collective

Les 12 et 13 janvier derniers, les lauréats du dispositif STRI-IT ont participé au Créative Camp#1, un week-end de formation entièrement consacré à la réalisation d’une œuvre collective, de la composition à l’enregistrement, en passant par l’écriture du morceau. Un sacré défi qu’ils ont brillamment relevé ! Franco Mannara, auteur, compositeur, interprète et  intervenant professionnel sur le projet, nous parle de ces 2 jours de création.

Comment est né ce projet ?
Norann Ly, coordinateur du dispositif STRI-IT, m’a contacté pour que j’intervienne sur le Creative Camp#1. L’idée était que les 10 lauréats écrivent, composent et enregistrent un morceau en week-end. J’ai poussé l’idée un peu plus loin en proposant de créer un triptyque. 

Qu’entends-tu par triptype ?
C’est un enchainement de 3 ambiances musicales, 3 tonalités, 3 tempos et 3 formes d’écriture différentes dans un même morceau. On retrouve par exemple ce principe sur le titre des Beatles « A day in the life » qui commence d’une manière, finit d’une autre, en passant par une troisième partie. Pour cela, j’ai fait travailler chacun des 3 beatmakers dans un studio différent du SDV, avec pour chacun des contraintes de tempo, de tonalité et d’ambiance. Il y avait également des contraintes d’entrée et de sortie pour que l’on puisse « tuiler* » d’un morceau à l’autre, sans que les transitions ne soient abruptes ou étranges. Pour mener à bien ce projet, je me suis entouré de 2 intervenants spécialisés dans le hip hop, Félix Jousserand pour la partie écriture et Raphaël Otchakowski pour le coaching vocal des artistes. 

Quels étaient précisément leurs rôles ?
Félix a encadré l’atelier d’écriture. Il a imposé des figures de style pour chacun des volets du triptyque, à savoir l’écriture en alexandrin pour la première partie, un format craint par beaucoup d’auteurs, en prose pour la deuxième et en punchline pour la troisième. Raphaël a quant à lui, travaillé sur le warm up des MC, c’est à dire l’échauffement vocal et la mise en place du flow. Nous avions une contrainte de taille au niveau de l’enregistrement du morceau, en effet, nous avons fait pratiquement 30 prises de voix différentes ! Il était nécessaire que les MC soient en place et efficaces tout de suite pour ne pas perdre de temps. Le défi a été relevé haut la main car nous n’avons dépassé que d’une heure le timing initialement prévu ! 

Quelles ont été les principales difficultés des artistes ? 
Je compare ce genre d’exercice à une machine à laver, c’est à dire que tu n’en ressors pas dans le même état que quand tu y es entré ! Tu te confrontes à des réalités du métier, comme écrire, composer et/ou enregistrer très vite. Et d’ailleurs cela s’est vu, certains ont eu plus de difficultés que d’autres. 

Des fois, la difficulté est juste de se prêter au jeu, de se retrouver hors de sa zone de confort face à une réalité technique. Tout dépend de là où en sont les artistes. Ils ont tous leurs points forts et leurs fragilités. 

Dans cet exercice, ils ont appris à réfléchir à des techniques différentes qu’ils n’ont pas l’habitude de pratiquer. Pour les beatmakers, notamment, je leur ai donné des techniques de composition, des réflexions sur la production d’un morceau et comment on peut y créer du mouvement à l’intérieur sans forcément être dans l’inflation de pistes, d’instruments. Je les ai sensibilisés au fait que l’on peut travailler à l’économie tout en faisant des choses très dynamiques et vivantes. 

J’imagine que l’objectif de cet exercice n’est pas forcément le produit fini mais le chemin pour y parvenir ? 
C’est un tout ! D’abord, il faut accepter de jouer, de se lancer dans ce processus, devoir écrire, produire, enregistrer, conserver une cohérence puis, comprendre que la création est un muscle, que ce n’est pas de la magie et qu’en la travaillant, cela devient de plus en plus fluide.  

Où en est le morceau à ce jour ? 
La création est terminée. De mon côté, je viens de finir le montage, l’édit et le premix. Je suis très satisfait du résultat ! Une fois finalisé, nous le diffuserons à l’ensemble des MC et des beatmakers du dispositif pour une analyse à posteriori du résultat final. 

*Enchainer

NORANN LY, COORDINATEUR DU DISPOSITIF STRI-IT

Un deuxième Creative Camp est prévu les 23 et 24 mars prochains. Quel est l’objectif de ces formations ? 

Le but est de mettre les artistes dans des situations créatives différentes de celles dont ils ont l’habitude pour leur ouvrir un champ des possibles plus important, plus riche, qu’ils puissent aller plus loin et se refuser moins de choses. 

 

Pourquoi avoir choisi de les faire travailler cette fois-ci sur une œuvre collective ? 

Le choix de faire une œuvre collective m’est venu suite à la réécoute de « 11’30 contre le racisme » qui est un morceau avec Akhenaton, Freeman, Menelik, Passi… sorti en 1997, morceau que j’ai beaucoup écouté pendant mon adolescence et qui m’a marqué. Je me suis dit que ces artistes s’étaient appropriés un sujet, un engagement, surtout à cette époque où nous avons vu les premières mairies FN. 

Nous avons validé ce principe en équipe au SDV puis, nous nous sommes engagés avec Franco Mannara, intervenant pro, à mener à bien ce projet, tout en sachant que ça allait être un gros challenge !